Good bye Milton !

Par Philippe Baumel, membre du conseil national du PS. Vice-président du conseil régional de Bourgogne.

Parue dans l'Humanité du 27 octobre 2008



Good bye Milton !


Milton Friedman c’était le nom de celui qui a eu, au cours des trente-cinq dernières années

et jusqu’à sa mort en 2006, le plus d’influence sur la désorganisation de l’économie mondiale.

Le système économique qu’il avait rêvé, pensé, inspiré puis planifié vient de s’effondrer, deux ans seulement après sa propre disparition. C’est un événement aussi important que la chute du mur, voici dix-neuf ans.

C’est trente ans d’une politique néolibérale aussi injuste que suicidaire pour l’ensemble de la planète qui ont pris fin avec les krachs à répétitions sur les places financières du monde entier. Si l’on peine encore à mesurer

les implications concrètes sur nos vies quotidiennes

de ces séismes boursiers, on ne peut que constater que

ces instants marquent un changement d’époque historique évident. Loin est le temps où Ronald Reagan

et Margaret Thatcher entraînaient sciemment la planète vers un monde entièrement dominé par la finance.

La « main invisible » du marché remplaçait peu à peu les protections économiques et mettait en concurrence les travailleurs du monde entier. Le flottement des monnaies autour du dollar, décidé par Richard Nixon, fut une étape essentielle de la « préhistoire » de la mondialisation libérale. Les « rounds » du GATT, puis de l’OMC étaient sensés, quelques années plus tard, assurer la domination des marchés financiers. Cette économie mondiale, fondée sur l’endettement sans fin des ménages américains, sur la détention toujours plus importante de bons du Trésor américain par les banques centrales asiatiques, mais également par un nombre croissant d’acteurs privés, sur un libre-échange destructeur et déflationniste bénéficiait à la géopolitique américaine, impériale et belliciste. George W. Bush et sa présidence de huit ans apparaissent comme le moment le plus caricatural, le moment où la nausée saisit l’observateur, tant cette administration fut en pointe dans la promotion de ce modèle pourtant condamné d’avance. La crise de la finance internationale est la mère de toutes les crises, puisque le processus d’intégration financière, auquel elle met de facto fin, est aussi celui qui a grandement nourri les autres crises (sociales, environnementales, etc.).

La réaction des gouvernants américains laisse pantois quand on songe aux prêches enflammés pour le « free market » dont ils se faisaient les apôtres voici seulement deux mois. De même, l’heureux accord survenu au sein de l’Eurogroupe le 12 octobre est aussi surprenant que louable. On ne peut qu’approuver la nationalisation de banques comme Dexia et la possibilité pour des gouvernements de faire de même si nécessité s’en faisait sentir. Cela répond à une urgence mais la myopie historique ne doit pas gagner ! La gauche française et les gauches européennes doivent plaider pour des « nationalisations conséquentes » : il ne peut être question de nationaliser les pertes et, ensuite, comme semblent s’y attendre certains, de privatiser les bénéfices… La question fondamentale c’est celle de la constitution de « pôles financiers publics dominants » qui aident à délester l’économie mondiale des comportements à courte vue, générés par trente ans de néolibéralisme. Qu’on songe que les déficits américains sont financés à 80 % par des investisseurs privés pour prendre la mesure du chemin qu’il reste au monde à parcourir pour sortir de l’ère néolibérale…

Pour la gauche française, il faut maintenant donner l’assaut aux derniers mythes néolibéraux et se décomplexer véritablement : non, les « ouvertures de capital », les « ouvertures à la concurrence » de services publics ne sont pas une panacée. Il faut de nouveau parler des ouvriers, du travail, de l’émancipation des salariés. Il faut savoir tenir le discours de raison qui fait de l’État républicain l’instrument de la volonté politique et celui, concomitant, du dialogue ininterrompu avec le mouvement social. La fin de la mondialisation libérale est, comme toute crise, une étape entre le vieux et le neuf. Le vieux est mort. Le neuf ne parvient pas à naître. C’est à nous, hommes et femmes de progrès, d’imposer une alternative pensée et cohérente, porteuse d’espoirs et d’effets concrets dans la vie de concitoyens, bref, d’inventer un nouveau socialisme.

Lundi 27 Octobre 2008
Gaël BRUSTIER



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