Après Copenhague, l'Europe risque le hors-jeu

Pour Philippe Baumel, membre du conseil national du PS, Copenhague a échoué en grande partie parce que les Etats-Unis et la Chine ne veulent pas remettre en question leur mode de développement. Et l'Europe s'en trouve marginalisée, incapable de promouvoir un autre modèle.

paru sur Marianne2.fr le 22 décembre



Après Copenhague, l'Europe risque le hors-jeu








Tout le monde feint de s’étonner des résultats de Copenhague. Vu d’Europe, évidemment, le résultat est décevant mais il est très compréhensible si l’on prend en compte la nouvelle donne au niveau international. On ne saurait reprocher au Président de la République d’avoir voulu peser en s’alliant avec le Brésil, chef de file effectif d’un Sud qui émerge. Mais derrière cette heureuse initiative plane un risque : celui de la sortie de l’histoire d’une Europe qui serait marginalisée par le tête à tête entre Etats-Unis et Chine par-delà l’immensité du Pacifique. Ce que traduit « l’échec » de Copenhague, c’est la nouvelle géopolitique mondiale. Comme pour d’autres sujets – le libre-échange, l’avenir du Yuan et du Dollar, la régulation de l’économie financière – un jeu complexe et incestueux qui pèse sur l’avenir du monde.







Ce que cache mal Copenhague, ce que cachent de moins en moins les très sirupeuses campagnes sur l’avenir de la planète, c’est la soumission des élites politiques du Nord à une vision du monde encore imprégnée par l’idée que le marché est le seul décideur en dernier ressort. La « croissance verte » et autres concepts sont souvent plus liés à la volonté de maintenir le statu quo – dépendant des relations Chine-Etats-Unis – que d’imaginer un monde qui changerait véritablement de modèle de développement. Nul n’a, pendant Copenhague, posé la question du libre-échange à l’échelle mondiale. C’est d’autant plus étonnant que l’on serait en droit de savoir combien coûte, d’un point de vue énergétique et environnemental, le transport de marchandises d’un bout à l’autre de la planète. En vérité, on le sait, la Chine n’a nullement l’intention de rompre avec son modèle de développement et l’industrie chinoise va donc continuer à produire sans se soucier ni de la protection sociale et sanitaire de ses ouvriers ni de la pollution de la planète. Les Etats-Unis, prisonniers qu’ils sont de ce système et surtout soucieux de ne pas fragiliser leurs « classes moyennes » déjà fragilisées par les conséquences de trente ans de néolibéralisme, jouent la montre…







L’écran de fumée des slogans généreux et larmoyants ne doit pas faire oublier qu’il existe des rapports de force géopolitiques. C’est avant tout leur compréhension qui peut favoriser l’émergence d’une autre conception du monde et de la société et c’est d’abord cela qui permettra d’imaginer une nouvelle forme de socialisme pour ce siècle. Allier lutte pour l’émancipation et changement de modèle de développement, tel peut être l’enjeu d’une alternative qui reste à bâtir… Sans une prise de conscience des politiques qui se doivent de reconquérir le champ économique, rien ne sera possible.



Mardi 22 Décembre 2009
Gaël BRUSTIER



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